Thèse


Emilie CREMIN.
Entre mobilité et sédentarité : les Mising, « peuple du fleuve », face à l'endiguement du Brahmapoutre (Assam, Inde du Nord-Est).
Environmental and Society. Univerisité Paris 8 Vincennes Saint-Denis, 2014. French. <tel-01139754>

Ethno-géographie et environnement

Cours du 2d semestre 2010-2011 – Licence de Géographie

Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis

UE Ecologie humaine : interactions sociétés-milieux

Ecologie politique : Ethno-géographie et environnement

Site web du cours: http://ethno-geographie-paris8.blogspot.com/

Résumé :

Cet enseignement de géographie abordera l’écologie humaine au travers d’une approche croisée entre l’ethnoécologie et la géographie de l’environnement en s’appuyant sur des études de cas localisés dans les espaces ruraux et urbains des pays « développés » et « en développement ». L’écologie humaine est un domaine de recherche qui se place à l’intersection de l’étude des systèmes naturels (écosystèmes) et des systèmes sociaux. L’ethnoécologie s’intéresse aux savoirs écologiques locaux et aux techniques mises en œuvre pour exploiter les ressources des milieux. La géographie de l’environnement sera construite à partir des perceptions sociales des territoires. En effet, les savoirs géographiques vernaculaires nomment et classifient les éléments de l’environnement d’une société et s’expriment dans la définition de toponymes, qui marquent l’appropriation des territoires. Ainsi, certains groupes sociaux attribuent des rôles spécifiques aux milieux qu’ils soient habités, cultivés (agro-écosystèmes), exploités dans le cadre d’extractions ou conservés dans le cadre de politiques de protection de la biodiversité. Une écologie géopolitique s’interrogera alors à décrypter les conflits entre acteurs sociaux face à l’appropriation et à la définition des territoires de l’échelle locale à l’échelle globale.

Mots clefs : Ecologie politique, Ethnoécologie, Savoirs écologiques et géographiques vernaculaires, perceptions, territoires, conflits entre acteurs, politiques territoriales, politiques de développement

Introduction :

L’idée de cet enseignement est de présenter aux étudiants l’avancement de la recherche dans le domaine de l’écologie humaine du point de vue des sciences sociales. L’écologie humaine s’intéresse à comprendre les interactions entre sociétés et milieux.

Les communautés scientifiques continuent à se questionner de nos jours sur la production de recherches interdisciplinaires fusionnant l’étude de la nature et l’étude des sociétés car, en effet, cette approche devient indispensable pour améliorer la compréhension du monde et des enjeux environnementaux contemporains.

Notre hypothèse serait que les sociétés transforment et façonnent leurs milieux (environnement) et réciproquement l’environnement contraint les sociétés à s’y adapter au travers de l’usage et de l’emploi des ressources qui les entoure. Dans chaque milieux, les sociétés trouvent d’autres ressources naturelles quelles soient minérales ou végétales. Cette relation à l’environnement compose l’une des bases du développement des cultures sociales et des civilisations. Au delà de tout déterminisme, les sociétés s’adaptent en employant divers stratégies pour maitriser les contraintes du milieu. Ces stratégies peuvent être d’ordre technique, en développant divers outils pour maitriser le milieu, ou social prenant la forme de faits sociaux tels qu’au travers de rapport de dominations ou de division du travail entre les sujets et les communautés d’une société.

Chaque société s’organisent pour maitriser les milieux et les façonner afin d’en extraire les ressources utiles pour sa subsistance ou pour son développement. Lorsque les sociétés dominantes tendent à exploiter les territoires des sociétés subalternes, elles produisent parfois des injustices environnementales car les sociétés dominées ne bénéficient pas toujours de ce qui est extrait de leur territoire. Nous nous questionnons donc sur la relation entre les différents acteurs sociaux: les Etats et gouvernements; les élus politiques et représentants; la société civile, composée d’ONG, d’organisations syndicales ou autre; les communautés locales à l’échelle du quartier ou du village.

Comment les groupes sociaux s’organisent-ils? Quelles sont les structures hiérarchiques? Qui prend les décisions dans un territoire donné? Qui exploite et qui bénéficie des ressources du milieu?

Dans les différentes études de cas que nous explorerons, nous constatons que le gouvernement central prend les décisions majeures concernant le développement du territoire. La construction de grand barrages ou la construction des digues le long des grands fleuves sont issus de décisions politiques. Les grands barrages hydroélectriques sont en Inde géré dans un consortium entre l’Etat central et des entreprises privées. Nous abordons l’écologie humaine et culturelle par une approche ethno-géographique, ethno-écologique car nous tentons de décrire comment les sociétés principalement paysannes perçoivent, nomment, utilisent, maitrisent,  s’approprient et transforment leur environnement et leurs territoires.

Les populations locales sont rarement consultées lors de la mise en place de ces aménagements. Les ingénieurs des départements de l’administration se chargent de l’expertise. Au cours de ces expertises, les acteurs tels que la population locale et la société civile sont rarement consultés. Alors, c’est finalement l’Etat qui impose les œuvres de développement de façon homogène dans l’ensemble du territoire, sans prendre en compte les particularités locales, les modes de vie des sociétés et leur relation avec l’environnement. Pour analyser ces problématiques sociales et environnementales nous rejoignons l’approche critique de l’écologie politique scientifique.

Ces aménagements ont des impacts majeurs sur le milieu et par conséquent les sociétés doivent s’adapter aux changements de leur environnement.

Alors, pour appréhender cette problématique, nous étudierons dans un premier temps, les théories  des démarches interdisciplinaires visant à associer les sciences sociales et les sciences de la nature. Pour cela nous étudierons les théories au travers de grands penseurs et philosophes, fondateurs des sciences sociales tels que Claude Lévi-Strauss, Elwin Verrier et d’autres, ainsi que les penseurs plus récents remettant en question l’approche initiale de l’ethnologie en développant les idées et philosophies post-modernes et post-coloniales. Nous examinerons ce qui dans ces théories se rattachent à la géographie et comment des sciences hybrides ont émergées tels que l’anthropogéographie, l’ethnogéographie,  l’ethnoécologie, l’écoanthropologie, l’écologie du paysage etc…

En effet, si la géographie est l’étude de la terre et des hommes alors l’étude des hommes et de leur relation à la terre semble faire aussi partie des sciences de la géographie. Nous postulons que toute culture est en effet étroitement liée à un milieu. Et toute organisation sociale est structurée en fonction des contraintes du milieu. Ainsi la diversité culturelle indique la diversité des milieux dans une région donnée, et vice-versa.

Dans une seconde partie, nous discuterons de la méthodologie à mettre en oeuvre afin de collecter des données sur le terrain.

Dans une troisième partie, nous observerons au travers de plusieurs études de cas localisés dans les espaces ruraux et urbains des pays « développés » et « en développement », dans une approche ethnogéographique de l’environnement, comment les sociétés et leurs milieux interagissent. Ces études comprendront notamment l’étude de la relation entre les dévots hindous et le fleuve Narmada, au Madhya Pradesh dans le centre de l’Inde; les interactions entre la tribu Mising et le grand fleuve Brahmapoutre en Assam dans le Nord-est de l’Inde; l’impact de la construction des grands barrages sur le mode de vie et de subsistance de la tribu Adi et de la tribu Mishimi d’Arunachal Pradesh; la sacralité de l’espace dans la perception des tibétains et l’impact de la domination chinoise; l’impact de la christianisation des Nagas sur leur relation au territoire; etc..

Le sous-continent indien est riche de sa diversité ethnolinguistique et de la diversité de ses milieux.  Chaque milieux accueillent des groupes ethniques distincts, exploitant, suivant des techniques adaptées, le milieu afin de garantir leur subsistance.

Ainsi, dans le Nord-est de l’Inde, de nombreuses sociétés issues de groupes ethno-linguistiques distincts se rencontrent. D’une part, les peuples Hindo-aryens qui ont remontés le Brahmapoutre et dominent aujourd’hui les territoires des plaines. D’autre part, les peuples, Tibéto-birmans ou Sino-tibétains qui dominent les collines et les montagnes de la région, et dont une partie est descendu dans la plaine. Ces deux grands groupes ethno-linguistiques se distinguent aussi dans leur mode de subsitance (livelihood). Ils se métissent dans la plaine, formant des amalgames culturels qui se réajustent avec le milieu dans lequel ils évoluent. La mondialisation, l’influence du «mainstream india» et le développement tendent à assimiler l’ensemble des populations dans un monde commun.